Le Caméléon se trouva bientôt hors de portée du canon de la frégate; il quitta la direction qu’il avait d’abord prise, et, au lieu de se tenir au plus près du vent, il laissa largement arriver.
Cette manœuvre découvrit la Licorne qui, pendant l’entretien du duc et de M. de Chemeraut, était constamment restée dans les eaux du Caméléon et absolument dans la même ligne que lui.
C’est à bord de ce dernier bâtiment que nous conduirons le lecteur; il pourra ainsi assister à la chasse que la frégate va donner au brigantin.
Polyphème de Croustillac était sur le pont de la Licorne, en compagnie de son ancien hôte, le capitaine Daniel, et du père Griffon, embarqué de la veille sur ce bâtiment.
On ce souvient du plongeon que le chevalier avait fait en sautant du haut du couronnement de la frégate dans la mer afin de rejoindre Monmouth.
Pendant que le Gascon se secouait, se frottait les yeux et se laissait cordialement embrasser par le duc, celui-ci lui avait dit:
—Allez vite m’attendre à bord de la Licorne. Ralph va vous conduire.
Croustillac, encore étourdi de sa chute, ravi d’avoir échappé à M. de Chemeraut, suivit le capitaine Ralph. Celui-ci le fit descendre dans une petite yole pagayée par un seul marin.
Ce fut ainsi que l’aventurier aborda la Licorne. Afin de ne pas perdre de temps, Ralph avait ordonné au marin de suivre le chevalier et d’abandonner la yole; le transbordement du Gascon fut donc exécuté très-rapidement.
Le duc n’avait donné l’ordre de déployer les voiles du brigantin que lorsqu’il avait su Croustillac en sûreté, car il prévoyait que M. de Chemeraut abandonnerait évidemment l’ombre pour le corps, le faux Monmouth pour le véritable, la Licorne pour le Caméléon.