Un éclair brilla, un coup sourd et prolongé se fit entendre au loin, et la frégate laissa derrière elle un nuage de fumée bleuâtre...

A cette démonstration significative, le Caméléon, ne s’amusant plus à ruser devant la frégate, se lança au plus près du vent, allure qui lui était particulièrement favorable, et prit sérieusement chasse.

La Fulminante le poursuivit, tous deux se dirigèrent vers le sud.

La Licorne avait le cap au nord-est. Elle marchait supérieurement; on comprend donc qu’elle laissa bientôt et bien loin derrière elle les deux bâtiments s’enfoncer de plus en plus dans les profondeurs de l’horizon.

Croustillac était resté les yeux attachés sur le navire qui emportait la Barbe-Bleue... Il le suivit d’un regard avide et désolé jusqu’à ce que le brigantin eût tout à fait disparu dans l’espace...

Alors deux grosses larmes roulèrent sur les joues de l’aventurier...

Il laissa tomber sa tête dans ses deux mains dont il se couvrit le visage. . . .

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Le capitaine Daniel vint brusquement interrompre la douloureuse rêverie du chevalier; il lui frappa joyeusement sur l’épaule et s’écria:

—Ah ça, notre hôte, la Licorne est en bon chemin, si nous descendions boire un coup de sangria au madère en attendant l’heure du souper? J’espère que vous allez me faire encore de vos drôles de tours qui me font tant rire... vous savez? quand vous faites tenir des fourchettes toutes droites sur le bout de votre nez... Allons boire un coup...