—Moi, non, de par Dieu, quoique j’aie ici douze bonnes petites pièces de huit qui diraient leur mot tout comme d’autres... et que les quatre-vingts gaillards qui composent mon équipage vaillent bien les marins du roi... Mais il ne s’agit pas de cela.... Je ne connais que les ordres de mon armateur... Ah çà! mais voilà maintenant le brigantin qui donne du fil à retordre à la frégate, dit Daniel.
CHAPITRE XXXV.
LE RETOUR.
La Fulminante poursuivait le Caméléon avec acharnement. Soit calcul, soit ralentissement forcé dans sa marche, plusieurs fois le brigantin fut sur le point d’être atteint par la frégate; mais alors, reprenant sans doute une allure qui convenait mieux à sa construction, il regagnait l’avantage qu’il avait perdu.
Tout à coup, par une brusque évolution, le brigantin vira de bord, vint droit à la Licorne, et en peu d’instants, la rejoignit à portée de voix.
Qu’on juge de la joie de l’aventurier lorsque, sur le pont du Caméléon, qui vint passer à poupe du trois-mâts, il vit la Barbe-Bleue, vêtue de blanc, appuyée sur le bras de Monmouth, et qu’il entendit la jeune femme lui crier d’une voix émue:—Adieu, notre sauveur... adieu... que le ciel vous protège.... Nous ne vous oublierons jamais!
—Adieu, notre meilleur ami... dit Monmouth. Adieu, digne et brave chevalier!!
Et le Caméléon s’éloigna.... Tandis qu’Angèle avec son mouchoir et le duc avec sa main faisaient un dernier signe d’adieu à l’aventurier.
Hélas! cette apparition fut aussi courte que ravissante...
Le brigantin, après avoir ainsi un moment rasé l’arrière de la Licorne, retourna sur ses pas et marcha droit à la frégate, qu’il prolongea presque à portée de canon avec une hardiesse incroyable.
La Fulminante, à son tour, vira de bord. Sans doute le capitaine, furieux de cette chasse inutile, voulut la terminer à tout prix...