Le Gascon n’acheva pas et cacha de nouveau sa tête dans ses mains.

Le religieux respecta son silence et s’éloigna.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Grâce aux vents alizés et à une belle traversée, la Licorne fut en vue des côtes de France environ quarante jours après son départ de la Martinique.

Peu à peu la tristesse morne du chevalier s’était calmée.

Avec un instinct de grande délicatesse, instinct aussi nouveau pour lui que le sentiment qui l’avait sans doute développé, le chevalier avait réservé pour la solitude les pensées mélancoliques et douces qu’éveillait en lui le souvenir de la Barbe-Bleue, car il ne voulait pas exposer ces précieuses rêveries aux grossières plaisanteries de maître Daniel ou aux interprétations du père Griffon.

Au bout de huit jours, le chevalier était redevenu, aux yeux des passagers de la Licorne, ce qu’il avait été durant la première traversée. Sachant qu’il devait payer son passage par sa bonne humeur, il mit cette espèce de probité qui lui était particulière à amuser maître Daniel; il se montra si bon compagnon, que le digne capitaine voyait arriver avec désespoir la fin de la traversée.

Croustillac avait formellement déclaré qu’il irait prendre du service en Moscovie, où le czar Pierre accueillait alors parfaitement les soldats de fortune.

Le soleil était sur le point de se coucher, lorsque la Licorne se trouva en vue des côtes de France.

Maître Daniel, par prudence, préféra d’attendre le lendemain pour aller au mouillage.