Peu de temps avant le moment de se mettre à table, le père Griffon pria le Gascon de venir avec lui dans sa chambre.
L’air grave, presque solennel du religieux parut étrange à Croustillac.
La porte fermée, le père Griffon, les yeux humides de larmes, tendit ses bras au Gascon, et lui dit:
—Venez... venez, excellente et noble créature... venez, mon bon et cher fils.
Le chevalier, à la fois attendri et étonné, serra cordialement le religieux dans ses bras, et lui dit:
—Qu’avez-vous donc, mon père?
—Ce que j’ai? ce que j’ai? comment! vous... pauvre aventurier... vous que votre vie passée devait rendre moins scrupuleux qu’un autre... vous sauvez la vie du fils d’un roi, vous vous dévouez avec autant d’abnégation que d’intelligence.... et puis, cela fait, vos amis en sûreté... vous revenez à votre obscure et misérable vie; ne sachant pas même à cette heure, à la veille de rentrer en France... où vous coucherez demain! et cela sans avoir dit un mot, un seul mot pour vous plaindre, ou de l’ingratitude, ou du moins de l’oubli de ceux qui vous doivent tant!
—Mais, mon père...
—Oh! je vous ai bien observé, moi, pendant cette traversée! jamais une parole amère... jamais seulement l’ombre d’un reproche... comme par le passé, vous êtes redevenu insouciant et gai... Et encore... non... non... Oh! je l’ai bien vu... votre joie est factice; vous avez même perdu dans ce voyage... votre seul bien... votre seule ressource... cette insouciante gaieté qui vous aidait à supporter l’infortune.
—Mon père... je vous assure que non...