—Vous! sous ce costume, madame! vous que je revois après tant d’années! Quand j’ai tout a l’heure entendu ces enfants s’appeler Jacques et Angèle, le cœur m’a battu si fort... Mais je ne pouvais croire... espérer... Et le prince?

La duchesse de Monmouth mit un doigt sur ses lèvres, secoua tristement la tête et dit:

—Vous allez le voir. Hélas! pourquoi faut-il que le plaisir de vous revoir soit attristé par la maladie de Jacques! Sans cela ce jour eût été beau pour nous.

—Je n’en reviens pas, madame, vous sous ces habits! dans cette pénible condition!

—Silence! mes enfants pourraient nous entendre... mais attendez-moi un moment ici, je vais préparer mon mari à vous recevoir.

Après quelques minutes, l’aventurier entra dans la chambre de Monmouth; ce dernier était couché dans un de ces lits à baldaquin de serge verte, comme on en voit encore dans quelques maisons de paysans.

Quoiqu’il fût amaigri par la souffrance, et qu’il eût alors plus de cinquante ans, la physionomie du prince offrait toujours le même caractère gracieux et élevé.

Monmouth tendit affectueusement ses mains à Croustillac, et lui montrant un fauteuil à son chevet, lui dit:

—Asseyez-vous là, mon vieil ami! A quel miraculeux hasard devons-nous cette heureuse rencontre? Je ne puis en croire mes yeux... Enfin, chevalier, nous voici réunis après plus de dix-huit années de séparation!... Ah! bien souvent, Angèle et moi, nous avons parlé de vous, de votre généreux dévouement... Notre chagrin était de ne pouvoir dire à nos enfants la reconnaissance que nous vous devons... et qu’ils vous doivent aussi.

—Ah ça, monseigneur, songeons au plus pressé, dit le Gascon, chacun son tour.