Le lendemain Croustillac, qui s’était déjà fait un ami du jeune Jacques, partit pour l’abbaye. Le montant de la redevance, bien proprement empaqueté en beaux louis d’or, fut un excellent passe-port pour arriver jusqu’au père trésorier...

—Mon père, lui dit Croustillac, j’aurais une lettre très importante à remettre à un bon religieux de l’ordre des Frères-Prêcheurs; je ne sais s’il vit, s’il meurt, s’il est en Europe, ou au bout du monde; à qui faut-il s’adresser pour être renseigné à son sujet?

—A un de nos chanoines, mon fils, qui a fait partie des missions, et qui, après de longs et pénibles travaux apostoliques, est venu depuis six mois se reposer dans un canonicat de notre abbaye.

—Et quand pourrai-je voir ce vénérable chanoine, mon père?

—Ce matin même; demandez, en descendant dans la cour du cloître, qu’un frère lai vous conduise chez le père Griffon, et...

Croustillac donna un si furieux coup de bâton sur le plancher en poussant trois fois son exclamation moscovite:—Hourra... hourra... hourra!... que le père trésorier fut effrayé et sonna précipitamment, croyant avoir affaire à un fou.

Un père entra.

—Pardon, mon bon père, dit Croustillac, ces cris sauvages et ce coup de bâton non moins sauvage vous peignent l’état de mon âme!... mon étonnement!... ma joie!... C’est justement le père Griffon que je cherche.

—Conduisez donc monsieur chez le père Griffon, dit le trésorier.

Nous renonçons à peindre cette nouvelle reconnaissance si importante pour les résultats qu’en attendait le Gascon.