—C’est convenu, colonel...
—Alors, marchons... dit Rutler en se levant.
—A vos ordres, colonel, seulement au lieu de marchons... c’est rampons qu’il faut dire. Mais voyons donc, ajouta John en se baissant, si l’on aperçoit toujours la lumière du jour. Oui, oui... la voilà, mais comme ça paraît loin. A propos, colonel, si depuis que je suis venu ici le conduit avait été bouché par un éboulement, nous ferions, à l’heure qu’il est, une singulière figure! condamnés à rester ici et à mourir de faim... à moins de nous dévorer mutuellement... Impossible de sortir par le gouffre, vu qu’on ne peut pas remonter une chute d’eau comme une truite remonte une cascade...
—C’est vrai, dit Rutler en frémissant, tu m’épouvantes: heureusement il n’en est rien; tu as toujours le sac?
—Oui, oui, colonel; les courroies sont solides, et la peau de lamentin imperméable; nous trouverons là-dedans nos poignards, nos pistolets et notre cartouchière aussi secs que s’ils sortaient d’un râtelier d’armes.
—Allons... John, en route, passe le premier, dit le colonel, il nous faut le temps de faire sécher nos habits.
—Cela ne sera pas long, colonel... une fois au fond du précipice, nous serons comme dans un four; le soleil y donne en plein.
John, se mettant à plat ventre, commença à se glisser dans un passage si étroit, qu’il put à peine s’y introduire.
Les ténèbres y étaient profondes... au loin seulement on distinguait une pâle lueur.
Le colonel suivit John en se traînant sur un sol humide et fangeux..