Le boucanier, au lieu de répondre au chevalier, restait stupéfait de l’étrange accoutrement de cet homme qui, une gaule à la main, voyageait à travers une forêt en bas de soie rose, en habit de taffetas et en baudrier brodé.

De son côté, Croustillac, malgré son appétit, contemplait le boucanier avec non moins de curiosité.

Ce chasseur était de taille moyenne, mais agile et vigoureux; pour tout vêtement il avait un caleçon court et une chemise qui flottait comme une blouse. Ses vêtements étaient tellement imbibés du sang des tauraux ou des sangliers que les boucaniers écorchaient pour vendre les peaux et fumer leurs chairs (branches principales de leur commerce), que la toile en paraissait goudronnée, tant elle était noire et roide.

Une ceinture de peau de taureau, garnie de ses poils, serrait la chemise autour des reins du boucanier; à cette ceinture pendait, d’un côté, une gaîne à compartiments, renfermant cinq ou six couteaux de diverses longueurs et de diverses formes; de l’autre côté, une gargoussière.

Le chasseur avait les jambes nues depuis le genou; ses chaussures étaient faites sans couture et d’une seule pièce, grâce au procédé que voici, et dont usaient toujours les boucaniers.

Après avoir écorché un taureau ou quelque grand sanglier, ils levaient avec précaution la peau d’une des extrémités de devant, depuis le poitrail jusqu’au genou, en la rabattant comme un bas que l’on déchausse; puis, après l’avoir complétement détachée de l’os, ils la prenaient et enfonçaient leur pied dans cette peau souple et fraîche, plaçant le gros orteil à peu près à l’endroit qui recouvre la rotule de l’animal; une fois chaussés, ils nouaient avec un nerf ce qui dépassait le bout du pied, et coupaient le surplus; ensuite ils montaient et tiraient le reste de la peau jusqu’à mi-jambe, où ils l’attachaient avec une courroie. En se séchant, cette espèce de brodequin prenait la forme du pied, restait toujours douce, souple, durait très longtemps, était imperméable et à l’épreuve de la morsure des serpents.

Le boucanier, qui examinait curieusement Croustillac, s’appuyait sur un fusil à long canon de très fort calibre, que l’on appelait fusil de boucan; ces armes se fabriquaient à Dieppe et à Saint-Malo.

La figure de ce chasseur était grossière et commune; il portait un bonnet de peau de sanglier; sa barbe était longue, hérissée; son regard farouche.

Croustillac lui dit résolument:

—Ah ça! camarade, refuserez-vous à un gentilhomme affamé un morceau de ce rôti?