—Ce rôti n’est pas à moi, dit le boucanier.
—Comment! et à qui donc appartient-il?
—A maître Arrache-l’Ame, qui a son magasin de peaux et de viandes boucanées à la pointe aux Caïmans.
—Ce rôti appartient à maître Arrache-l’Ame? s’écria le chevalier assez surpris du hasard qui le rapprochait de l’un des adorateurs heureux de la Barbe-Bleue, si les médisances étaient vraies.
—Ce rôti appartient à Arrache-l’Ame? reprit encore Croustillac...
—Il lui appartient, répondit laconiquement l’homme au long fusil.
A ce moment on entendit un coup de feu qui retentit longtemps dans la forêt.
—C’est le maître, dit l’engagé.
Les chiens reconnurent sans doute l’approche du chasseur, car ils se mirent à pousser des hurlements de joie et ils s’élancèrent à travers les broussailles pour courir au-devant du boucanier.
Averti du retour de son maître, l’engagé, que nous appellerons Pierre, tira l’un de ses plus grands couteaux, s’approcha du marcassin, et, pour bien humecter la venaison, il fit d’assez profondes scarifications dans les chairs, sans toutefois endommager la peau, car l’abondant mélange de jus de citron, de piment et de graisse qui remplissait la cavité abdominale du marcassin se fût écoulé.