Chacune de ses incisions faisait exhaler des bouffées de parfums si appétissants, que le chevalier, aspirant cette odeur exquise, oubliait presque la prochaine apparition d’Arrache-l’Ame.
Enfin, celui-ci parut, suivi de ses chiens, serrés et pressés autour de lui.
Maître Arrache-l’Ame était grand et robuste. Son teint naturellement blanc était hâlé par le soleil et par la vie sauvage qu’il menait; son épaisse barbe noire tombait sur sa poitrine; ses traits étaient réguliers, mais âpres et durs. Quoique moins sordides que ceux de son engagé, ses vêtements étaient à peu près de la même forme. Comme lui, il portait à sa ceinture une gaîne garnie de plusieurs couteaux; seulement ses jambes, au lieu d’être à demi-nues, étaient entourées jusqu’aux genoux par des bandes de peau de sanglier attachées avec des nerfs, et il portait de gros souliers de cuir non tanné.
Son large sombrero à l’espagnole était surmonté de deux ou trois plumes d’aras rouges; enfin, la garde et les capucins de son fusil à la boucanière étaient d’argent. Telle était la différence qui distinguait le costume et l’armement de maître Arrache-l’Ame de celui de son engagé.
Lorsqu’il entra dans la clairière, il tenait son fusil sous le bras et plumait négligemment un ramier qu’il venait de tuer; trois autres oiseaux pareils étaient suspendus à sa ceinture par un lacet; il les jeta à Pierre, qui se mit à les plumer et à les vider avec une dextérité merveilleuse.
Ces ramiers, de la grosseur d’une perdrix, étaient ronds, fins et gras comme des cailles. A mesure que Pierre en avait préparé un, il lui coupait le cou, les pattes, et le mettait cuire dans la sauce épaisse et abondante qui remplissait le ventre du marcassin. Lorsque maître Arrache-l’Ame eut fini de plumer le sien, il l’y jeta aussi.
Pierre lui demanda:
—Maître, faut-il fermer la marmite?
—Ferme, dit le maître.
Aussitôt Pierre coupa les lianes qui tenaient les membres du marcassin dans le plus grand écart possible; la cavité du ventre se referma presque complétement, et les ramiers commencèrent à mijoter dans cette daubière d’un nouveau genre.