—Décidément, il est stupide, pensa le chevalier. Je n’ai rien à redouter d’un pareil rival; si les autres ne sont pas plus dangereux, il me sera trop facile de me faire adorer de la Barbe-Bleue; mais il faut que je sache le chemin du Morne-au-Diable; il serait, palsambleu! piquant de m’y faire conduire par cet ours... Il reprit donc tout haut:

—Mais, mon brave chasseur, hélas! toute gloire s’achète, j’ai voulu vous voir, je vous ai vu.

—Eh bien! allez-vous-en, dit le boucanier en lançant une bouffée de fumée de tabac.

—J’aime votre rude franchise, digne Nemrod; mais pour m’en aller, il faudrait connaître un chemin quelconque, et je n’en sais aucun.

—D’où venez-vous?

—Du Macouba, où j’ai couché chez le révérend père Griffon.

—Vous n’êtes qu’à deux lieues du Macouba, mon engagé vous y conduira.

—Comment, à deux lieues! s’écria le chevalier, c’est impossible. Comment! j’ai marché hier depuis le point du jour jusqu’à la nuit et depuis ce matin jusqu’à cette heure, et je n’aurais fait que deux lieues?

—On a vu des sangliers, mais surtout les jeunes taureaux, ruser ainsi et faire beaucoup de chemin presque sans changer d’enceinte, dit le boucanier.

—Votre comparaison étant empruntée à l’art de la vénerie, art noble s’il en est, elle ne peut choquer un gentilhomme; donc, admettons que j’aie rusé, ainsi qu’un jeune taureau, comme vous dites; mais il ne s’ensuit pas que je veuille retourner au Macouba, et je compte sur vous pour m’enseigner la route que je dois suivre.