—Vous êtes venu ici en litière, avec vos bas roses?

—Non, mon brave ami, je suis venu à pied, et je serais venu sur la tête pour contempler le plus fameux boucanier de toutes les Antilles, dont le nom est venu jusqu’en Europe.

—Si vous avez besoin de peaux, reprit le boucanier, j’ai une douzaine de peaux de taureau si belles, qu’on les prendrait pour du buffle... J’ai aussi un chapelet de jambons de sanglier boucanés comme on ne boucane pas à la Tortue.

—Non, non, vous dis-je, mon brave ami... L’admiration, l’unique admiration m’a guidé, mordioux!... Je suis arrivé de France, il y a cinq jours, par la Licorne... et ma première visite a été pour vous, dont je connaissais le mérite.

—Vraiment?

—Aussi vrai que je m’appelle le chevalier de Croustillac... car vous ne serez peut-être pas fâché de savoir à qui vous avez affaire. Mon nom est Croustillac...

—Tous les noms me sont indifférents, à moi, excepté celui acheteur.

—Et admirateur... mon brave ami... admirateur n’est-il donc rien? moi qui viens exprès d’Europe pour vous voir!

—Vous saviez donc me trouver ici?

—Pas précisément, mais la Providence s’en est mêlée; et, grâce à elle, j’ai rencontré le fameux Arrache-l’Ame.