—Je te marquerai au visage alors, s’écria le chevalier en marchant sur Arrache-l’Ame.
—Tout doux, patte de velours, minet, patte de velours, dit le boucanier en riant et en parant avec le canon de son fusil une botte furieuse que lui porta le chevalier exaspéré.
L’engagé allait venir au secours de son maître, mais celui-ci l’arrêta en s’écriant:
—Ne bouge pas, je réponds de ce redoutable compagnon; chat échaudé craint l’eau froide, comme on dit. Je vais lui donner une bonne leçon.
Ces sarcasmes redoublèrent la rage du chevalier; il oublia que son adversaire se défendait avec un fusil, et il lui fournit quelques coups désespérés, que le boucanier paraît, en faisant preuve d’une merveilleuse adresse et d’une rare vigueur, en se servant d’un lourd fusil comme d’un bâton.
Pendant ce combat inégal, le boucanier poussait l’insolence jusqu’à faire entendre ce cri sourd que font les chats quand ils sont en colère et qu’ils jurent, comme on dit.
Ce dernier outrage mit le comble à la fureur du Gascon; mais, contre son attente, il trouvait dans le boucanier un gladiateur de première force sur l’escrime, et eut bientôt le chagrin de se voir désarmer: son épée sauta à dix pas.
Le boucanier se précipita sur le Gascon, son fusil levé comme une massue; il saisit le chevalier au collet, et s’écria:
—Ta vie est à moi; je vais te briser la tête comme un œuf.
Croustillac le regarda sans sourciller et répondit froidement: