—Et vous aurez trois fois raison, mordioux! car je suis un triple traître.
Le boucanier recula d’un pas.
—J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; vous étiez sans armes, et je vous ai attaqué: brisez-moi la tête! mordioux! brisez, vous en avez le droit, Croustillac est déshonoré!
—Cela n’est pas le langage d’un assassin ni d’un espion, puis, tendant la main au chevalier, il ajouta d’une voix rude:
—Allons, touchez là... nous nous sommes assis sous le même ajoupa, nous nous sommes battus ensemble, nous sommes frères.
Le chevalier allait mettre sa main dans celle du boucanier, mais il se ravisa, et lui dit gravement:
—Franchise pour franchise. Avant de vous donner la main, il faut que je vous déclare une chose.
—Quoi?
—Je suis votre rival!
—Rival, qu’est-ce que c’est que ça?