Et le valet quitta le jardin.
Mme Georges, le curé et les habitants de la ferme ne connaissaient le protecteur de Fleur-de-Marie que sous le nom de M. Rodolphe.
La discrétion de Murph était impénétrable; autant il mettait de ponctualité à monseigneuriser Rodolphe dans le tête-à-tête, autant devant les étrangers il avait soin de ne jamais l'appeler autrement que M. Rodolphe.
—J'oubliais de vous prévenir, ma chère madame Georges, dit Rodolphe en regagnant la maison, que Marie a, je crois, la poitrine faible; les privations, la misère, ont altéré sa santé. Ce matin, au grand jour, j'ai été frappé de sa pâleur, quoique ses joues fussent colorées d'un rose vif; ses yeux aussi m'ont paru briller d'un éclat un peu fébrile. Il lui faudra de grands soins.
—Comptez sur moi, monsieur Rodolphe. Mais, Dieu merci! il n'y a rien de grave. À cet âge, à la campagne... au bon air, avec du repos, du bonheur, elle se remettra vite.
—Je le crois; mais il n'importe: je ne me fie pas à vos médecins de campagne... Je dirai à Murph d'amener ici un docteur habile, et il indiquera le meilleur régime à suivre. Vous me donnerez souvent des nouvelles de Marie. Dans quelque temps, lorsqu'elle sera bien reposée, bien calmée, nous songerons à son avenir. Peut-être vaudrait-il mieux pour elle de rester toujours auprès de vous... si son caractère et sa conduite vous conviennent.
—Ce serait mon désir, monsieur Rodolphe; elle me tiendrait lieu de l'enfant que je regrette tous les jours.
—Enfin, espérons pour vous, espérons pour elle.
Au moment où Rodolphe et Mme Georges approchaient de la ferme, Murph et Marie arrivaient de leur côté.
Marie était animée par la promenade. Rodolphe fit remarquer à Mme Georges la coloration des pommettes de la jeune fille, couleurs vives, circonscrites, qui contrastaient beaucoup avec la blancheur délicate de son teint.