—Que peut-on craindre d'elle, mon cher Murph? Autrefois elle a eu sur monseigneur l'influence que prend toujours une femme adroite et intrigante sur un jeune homme qui aime pour la première fois et qui se trouve surtout dans les circonstances que vous savez; mais cette influence a été détruite par la découverte des indignes manœuvres de cette créature, et surtout par le souvenir de l'événement épouvantable qu'elle a provoqué.
—Plus bas, mon cher de Graün, plus bas, dit Murph. Hélas! nous sommes dans ce mois sinistre, et nous approchons de cette date non moins sinistre, le 13 janvier; je crains toujours pour monseigneur ce terrible anniversaire.
—Pourtant, si une grande faute peut se faire pardonner par l'expiation, Son Altesse ne doit-elle pas être absoute?
—De grâce, mon cher de Graün, ne parlons pas de cela, j'en serais attristé pour toute la journée.
—Je vous dirais donc qu'à cette heure les visées de la comtesse Sarah sont absurdes, la mort de la pauvre petite fille dont vous parliez tout à l'heure a brisé le dernier lien qui pouvait encore attacher monseigneur à cette femme; elle est folle si elle persiste dans ses espérances.
—Oui! mais c'est une dangereuse folle. Son frère, vous le savez, partage ses ambitieuses et opiniâtres imaginations, quoique ce digne couple ait à cette heure autant de raisons de désespérer qu'il en avait d'espérer il y a dix-huit ans.
—Ah! que de malheurs a aussi causés dans ce temps-là l'infernal abbé Polidori par sa criminelle complaisance!
—À propos de ce misérable, on m'a dit qu'il était ici depuis un an ou deux, plongé sans doute dans une profonde misère, ou se livrant à quelque ténébreuse industrie.
—Quelle chute pour un homme de tant de savoir, de tant d'esprit, de tant d'intelligence!
—Mais aussi d'une si abominable perversité... Fasse le ciel qu'il ne rencontre pas la comtesse! L'union de ces deux mauvais esprits serait bien dangereuse.