—Anastasie, dit gravement Alfred, voilà que tu ne respectes rien du tout sur la terre, comme M. César Bradamanti; il est des choses qu'on ne doit jamais mécaniser, même dans le charme de l'intimité...

—Voyons, voyons, vieux chéri, ne fais pas la bégueule et les yeux en boule de loto... tu vois bien que je plaisante. Est-ce que tu ne sais pas qu'il n'y a personne au monde qui puisse se vanter de... Enfin suffit... Si j'oblige cette jeunesse, c'est pour obliger notre nouveau locataire qui est si bon. Puis, se retournant vers Rodolphe: Vous allez me voir travailler!... voulez-vous rester là dans le coin derrière le rideau?... Tenez, justement je les entends.

Rodolphe se hâta de se cacher.

M. et Mme d'Harville descendaient. Le marquis donnait le bras à sa femme.

Lorsqu'ils arrivèrent en face de la loge, les traits de M. d'Harville exprimaient un bonheur profond, mêlé d'étonnement et de confusion.

Clémence était calme et pâle.

—Eh bien! ma bonne petite dame..., s'écria Mme Pipelet en sortant de sa loge, vous les avez vus, ces pauvres Morel? J'espère que ça fend le cœur? Ah! mon Dieu! c'est une bien bonne œuvre que vous faites là... Je vous l'avais dit qu'ils étaient fameusement à plaindre, la dernière fois que vous êtes venue aux informations! Soyez tranquille, allez, vous n'en ferez jamais assez pour de si braves gens... n'est-ce pas, Alfred?

Alfred, dont la pruderie et la droiture naturelle se révoltaient à l'idée d'entrer dans ce complot anticonjugal, répondit vaguement par une sorte de grognement négatif.

Mme Pipelet reprit:

—Alfred a sa crampe au pylore, c'est ce qui fait qu'on ne l'entend pas; sans cela il vous dirait, comme moi, que ces pauvres gens vont bien prier le bon Dieu pour vous, ma digne dame!