—En vérité, madame Georges, c'est un mystère étrange. Quelle peut être la cause de ce chagrin caché? Elle devrait se trouver si heureuse! Entre sa vie présente et sa vie passée, il y a la différence de l'enfer au paradis. On ne saurait l'accuser d'ingratitude.

—Elle! grand Dieu!... elle... si tendrement reconnaissante de nos soins! Elle chez qui nous avons toujours trouvé des instincts d'une si rare délicatesse! Cette pauvre petite ne fait-elle pas tout ce qu'elle peut afin de gagner pour ainsi dire sa vie? Ne tâche-t-elle pas de compenser par les services qu'elle rend l'hospitalité qu'on lui donne? Ce n'est pas tout; excepté le dimanche, où j'exige qu'elle s'habille avec un peu de recherche pour m'accompagner à l'église, elle a voulu porter des vêtements aussi grossiers que ceux des filles de campagne, et malgré cela il existe en elle une distinction, une grâce si naturelles, qu'elle est encore charmante sous ces habits, n'est-ce pas, monsieur le curé?

—Ah! que je reconnais bien là l'orgueil maternel! dit le vieux prêtre en souriant.

À ces mots, les yeux de Mme Georges se remplirent de larmes: elle pensait à son fils.

L'abbé devina la cause de son émotion et lui dit:

—Courage! Dieu vous a envoyé cette pauvre enfant pour vous aider à attendre le moment où vous retrouverez votre fils. Et puis un lien sacré vous attachera bientôt à Marie: une marraine, lorsqu'elle comprend bien sa mission, c'est presque une mère. Quant à M. Rodolphe, il lui a donné, pour ainsi dire, la vie de l'âme en la retirant de l'abîme... d'avance il a rempli ses devoirs de parrain.

—La trouvez-vous suffisamment instruite pour lui accorder ce sacrement, que l'infortunée n'a sans doute pas encore reçu?

—Tout à l'heure en m'en retournant avec elle au presbytère, je la préviendrai que cette cérémonie se fera probablement dans quinze jours.

—Peut-être, monsieur le curé, présiderez-vous un jour une autre cérémonie aussi bien douce et bien grave...

—Que voulez-vous dire?