—Si Marie était aimée autant qu'elle le mérite, si elle distinguait un brave et honnête homme, pourquoi ne se marierait-elle pas?
L'abbé secoua tristement la tête et répondit:
—La marier! Songez-y donc, madame Georges, la vérité ordonnera de tout dire à celui qui voudrait épouser Marie... Et quel homme, malgré ma caution et la vôtre, affronterait le passé qui a souillé la jeunesse de cette malheureuse enfant! Personne ne voudra d'elle.
—Mais M. Rodolphe est si généreux! Il fera pour sa protégée plus qu'il n'a fait encore... Une dot...
—Hélas dit le curé en interrompant Mme Georges, malheur à Marie, si la cupidité doit seule apaiser les scrupules de celui qui l'épousera! Elle serait vouée au sort le plus pénible; de cruelles récriminations suivraient bientôt une telle union.
—Vous avez raison, monsieur l'abbé, cela serait horrible. Ah! quel malheureux avenir lui est donc réservé!
—Elle a de grandes fautes à expier, dit gravement le curé.
—Mon Dieu! monsieur l'abbé, abandonnée si jeune, sans ressources, sans appui, presque sans notions du bien et du mal, entraînée malgré elle dans la voie du vice comment n'aurait-elle pas failli?
—Le bon sens moral aurait dû la soutenir, l'éclairer; et d'ailleurs a-t-elle tâché d'échapper à cet horrible sort? Les âmes charitables sont-elles donc si rares à Paris?
—Non, sans doute; mais où aller les chercher? Avant que d'en découvrir une, que de refus, que d'indifférence! Et puis, pour Marie il ne s'agissait pas d'une aumône passagère, mais d'un intérêt continu qui l'eût mise à même de gagner honorablement sa vie... Bien des mères sans doute auraient eu pitié d'elle, mais il fallait avoir le bonheur de les rencontrer. Ah! croyez-moi, j'ai connu la misère... À moins d'un hasard providentiel semblable à celui qui, hélas! trop tard, a fait connaître Marie à M. Rodolphe; à moins, dis-je, d'un de ces hasards, les malheureux, presque toujours brutalement repoussés à leurs premières demandes, croient la pitié introuvable, et pressés par la faim... la faim si impérieuse, ils cherchent souvent dans le vice des ressources qu'ils désespèrent d'obtenir dans la commisération.