—Qu'est-ce qu'ils ont donc fait, ces deux hommes, mon bon monsieur Borel? demanda-t-elle à un des agents qu'elle connaissait.
—Ils ont assassiné hier une vieille femme dans la rue Saint-Christophe, pour dévaliser sa chambre. Avant de mourir, la malheureuse a dit qu'elle avait mordu l'un des meurtriers à la main. On avait l'œil sur ces deux scélérats; mon camarade est venu tout à l'heure s'assurer de leur identité, et les voilà pincés.
—Heureusement qu'ils m'ont payé d'avance leur chopine, dit l'ogresse. Vous ne voulez rien prendre, monsieur Borel? un verre de parfait-amour, de consolation?
—Merci, mère Ponisse; il faut que j'enfourne ces brigands-là. En voilà un qui regimbe encore!...
En effet, l'assassin au bonnet grec se débattait avec rage. Lorsqu'il s'agit de le mettre dans un fiacre qui attendait dans la rue, il se défendit tellement qu'il fallut le porter.
Son complice, saisi d'un tremblement nerveux, pouvait à peine se soutenir: ses lèvres violettes remuaient comme s'il eût parlé... On jeta cette masse inerte dans la voiture.
—Ah çà! mère Ponisse, dit l'agent, défiez-vous de Bras-Rouge; il est malin, il pourrait vous compromettre.
—Bras-Rouge! il y a des semaines qu'on ne l'a vu dans le quartier, monsieur Borel.
—C'est toujours quand il est quelque part... qu'on ne l'y voit pas, vous savez bien ça... Mais n'acceptez de lui en garde ou en consignation aucun paquet, aucun ballot: ce serait du recel.
—Soyez tranquille, monsieur Borel, j'ai aussi peur de Bras-Rouge que du diable. On ne sait jamais où il va ni d'où il vient. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a dit qu'il arrivait d'Allemagne.