—Permettez-moi de vous en taire la cause... Mais, à cette époque, que vous disait Mme de Lucenay sur cet homme?

—Qu'il lui écrivait souvent, depuis son départ de Paris, des lettres fort spirituelles sur les pays qu'il visitait; car il voyageait beaucoup... Maintenant... je me rappelle qu'il y a un mois environ, demandant à Mme de Lucenay si elle recevait toujours des nouvelles de M. Polidori, elle me répondit d'un air embarrassé que depuis longtemps on n'en entendait plus parler, qu'on ignorait ce qu'il était devenu, que quelques personnes même le croyaient mort.

—C'est singulier, dit Rodolphe, se souvenant de la visite de Mme de Lucenay au charlatan Bradamanti.

—Vous connaissez donc cet homme, monseigneur?

—Oui, malheureusement pour moi... Mais, de grâce, continuez votre récit; plus tard je vous dirai ce que c'est que ce Polidori...

—Comment? Ce médecin...

—Dites plutôt cet homme souillé des crimes les plus odieux.

—Des crimes!... s'écria Mme d'Harville avec effroi; il a commis des crimes, cet homme... l'ami de Mme Roland et le médecin de ma mère! Ma mère est morte entre ses mains après quelques jours de maladie!... Ah! monseigneur, vous m'épouvantez!... vous m'en dites trop ou pas assez!...

—Sans accuser cet homme d'un crime de plus, sans accuser votre belle-mère d'une effroyable complicité, je dis que vous devez peut-être remercier Dieu de ce que votre père, après son mariage avec Mme Roland, n'ait pas eu besoin des soins de Polidori...

—Ô mon Dieu! s'écria Mme d'Harville avec une expression déchirante, mes pressentiments ne me trompaient donc pas!