—Qu'avez-vous, monseigneur? dit Clémence stupéfaite de l'expression des traits de Rodolphe.

«Mais non, se dit le prince en se parlant à lui-même, je me trompe sans doute... il y a cinq ou six ans de cela, tandis que l'on m'a dit que Polidori n'était à Paris que depuis deux ans environ, caché sous un faux nom... c'est bien lui que j'ai vu hier... ce charlatan Bradamanti... Pourtant... deux médecins de ce nom[29]... quelle singulière rencontre!...»

—Madame, quelques mots sur ce docteur Polidori, dit Rodolphe à Mme d'Harville, qui le regardait avec une surprise croissante; quel âge avait cet Italien?

—Mais cinquante ans environ.

—Et sa figure... sa physionomie?

—Sinistre... Je n'oublierai jamais ses yeux d'un vert clair... son nez recourbé comme le bec d'un aigle.

—C'est lui!... c'est bien lui!... s'écria Rodolphe. Et croyez-vous, madame, que le docteur Polidori habite encore Paris? demanda Rodolphe à Mme d'Harville.

—Je ne sais, monseigneur. Environ un an après le mariage de mon père, il a quitté Paris; une femme de mes amies, dont cet Italien était aussi le médecin à cette époque, Mme de Lucenay...

—La duchesse de Lucenay! s'écria Rodolphe.

—Oui, monseigneur... Pourquoi cet étonnement?