—Je sais que je n'ai pas le droit de me plaindre de mon sort, après tout ce qu'on a fait pour moi... et pourtant...
—Et pourtant?
—Ah! mon père, pardonnez-moi ces chagrins; ils offensent peut-être mes bienfaiteurs...
—Écoutez, Marie, nous vous avons souvent demandé le motif de la tristesse dont vous êtes quelquefois accablée, et qui cause à votre seconde mère de vives inquiétudes... Vous avez évité de nous répondre; nous avons respecté votre secret en nous affligeant de ne pouvoir soulager vos peines.
—Hélas! mon père, je ne puis vous dire ce qui se passe en moi. Ainsi que vous, tout à l'heure, je me suis sentie émue à l'aspect de cette soirée calme et triste... mon cœur s'est brisé... et j'ai pleuré...
—Mais qu'avez-vous, Marie? Vous savez combien l'on vous aime... Voyons, avouez-moi tout. D'ailleurs, je puis vous dire cela; le jour approche où Mme Georges et M. Rodolphe vous présenteront aux fonts du baptême, en prenant devant Dieu l'engagement de vous protéger toujours.
—M. Rodolphe? Lui... qui m'a sauvée! s'écria Fleur-de-Marie en joignant les mains; il daignerait me donner cette nouvelle preuve d'affection! Oh! tenez, je ne vous cacherai rien, mon père, je crains trop d'être ingrate.
—Ingrate! Et comment?
—Pour me faire comprendre, il faut que je vous parle des premiers jours où je suis venue à la ferme.
—Je vous écoute; nous causerons en marchant.