QUATRIÈME PARTIE
[I]
[Louise]
Morel, ses cheveux gris hérissés par le désespoir et par l'effroi, restait immobile, tenant sa fille morte entre ses bras. Il la contemplait d'un œil fixe, sec et rouge.
—Morel, Morel... donne-moi Adèle! s'écriait la malheureuse mère en étendant les bras vers son mari. Ce n'est pas vrai... non, elle n'est pas morte... tu vas voir, je vais la réchauffer...
La curiosité de l'idiote fut excitée par l'empressement des deux recors à s'approcher du lapidaire, qui ne voulait pas se séparer du corps de son enfant. La vieille cessa de hurler, se leva de sa couche, s'approcha lentement, passa sa tête hideuse et stupide par-dessus l'épaule de Morel... et pendant quelques moments l'aïeule contempla le cadavre de sa petite-fille...
Ses traits gardèrent leur expression habituelle d'hébétement farouche; au bout d'une minute, l'idiote fit entendre une sorte de bâillement caverneux, rauque comme celui d'une bête affamée; puis, retournant à son grabat, elle s'y jeta en criant:
—A faim! A faim!