—Vous voyez, messieurs, vous voyez, une pauvre petite fille de quatre ans, Adèle... Elle s'appelle Adèle. Je l'ai embrassée hier au soir encore; et ce matin... Voilà! vous me direz que c'est toujours celle-là de moins à nourrir, et que j'ai du bonheur, n'est-ce pas? dit l'artisan d'un air hagard.
Sa raison commençait à s'ébranler sous tant de coups réitérés.
—Morel, je veux ma fille; je la veux! s'écria Madeleine.
—C'est vrai, chacun à son tour, répondit le lapidaire. Et il alla poser l'enfant dans les bras de sa femme.
Puis il se cacha la figure entre ses mains en poussant un long gémissement.
Madeleine, non moins égarée que son mari, enfouit dans la paille de son grabat le corps de sa fille, le couvant des yeux avec une sorte de jalousie sauvage, pendant que les autres enfants, agenouillés, éclataient en sanglots.
Les recors, un moment émus par la mort de l'enfant, retombèrent bientôt dans leur habitude de dureté brutale.
—Ah çà, voyons, camarade, dit Malicorne au lapidaire, votre fille est morte, c'est un malheur; nous sommes tous mortels; nous n'y pouvons rien, ni vous non plus... Il faut nous suivre; nous avons encore un particulier à pincer, car le gibier donne aujourd'hui.
Morel n'entendait pas cet homme.
Complètement égaré dans de funèbres pensées, l'artisan se disait d'une voix sourde et saccadée: