—Oh! je n'oublierai jamais ce nom-là. Ce sera ma sainte... mon adoration. Quand je pense que, grâce à elle, ma femme, mes enfants sont sauvés... Sauvés! pas tous... pas tous... ma pauvre petite Adèle, nous ne la reverrons plus!... Hélas! mon Dieu, il faut se dire qu'un jour ou l'autre nous l'aurions perdue, qu'elle était condamnée...

Et le lapidaire essuya ses larmes.

—Quant aux derniers devoirs à rendre à cette pauvre petite si vous m'en croyez... voilà ce qu'il faut faire... Je n'occupe pas encore ma chambre; elle est grande, saine, aérée; il y a déjà un lit, on y transportera ce qui sera nécessaire pour que vous et votre famille vous puissiez vous établir là, en attendant que Mme d'Harville ait trouvé à vous caser convenablement. Le corps de votre enfant restera dans la mansarde, où il sera cette nuit, comme il convient, gardé et veillé par un prêtre. Je vais prier M. Pipelet de s'occuper de ces tristes détails.

—Mais, monsieur, vous priver de votre chambre!... ça n'est pas la peine. Maintenant que nous voilà tranquilles, que je n'ai plus peur d'aller en prison... notre pauvre logis me semblera un palais, surtout si ma Louise nous reste... pour tout soigner comme par le passé...

—Votre Louise ne vous quittera plus. Vous disiez que ce serait votre luxe de l'avoir toujours auprès de vous... ce sera mieux... ce sera votre récompense.

—Mon Dieu, monsieur, est-ce possible? Ça me paraît un rêve... Je n'ai jamais été dévot... mais un tel coup du sort... un secours si providentiel... ça vous ferait croire!...

—Croyez toujours... qu'est-ce que vous risquez?...

—C'est vrai, répondit naïvement Morel; qu'est-ce qu'on risque?

—Si la douleur d'un père pouvait reconnaître des compensations, je vous dirais qu'une de vos filles vous est retirée, mais que l'autre vous est rendue.

—C'est juste, monsieur. Nous aurons notre Louise, maintenant.