—Vous acceptez ma chambre, n'est-ce pas? Sinon comment faire pour cette triste veillée mortuaire?... Songez donc à votre femme, dont la tête est déjà si faible... lui laisser pendant vingt-quatre heures un si douloureux spectacle sous les yeux!

—Vous songez à tout! à tout!... Combien vous êtes bon, monsieur!

—C'est votre ange bienfaiteur qu'il faut remercier, sa bonté m'inspire. Je vous dis ce qu'il vous dirait, il m'approuvera, j'en suis sûr... Ainsi vous acceptez, c'est convenu. Maintenant, dites-moi, ce Jacques Ferrand?...

Un sombre nuage passa sur le front de Morel.

—Ce Jacques Ferrand, reprit Rodolphe, est bien Jacques Ferrand, notaire, qui demeure rue du Sentier?

—Oui, monsieur. Est-ce que vous le connaissez?

Puis, assailli de nouveau par ses craintes au sujet de Louise, Morel s'écria:

—Puisque vous le connaissez, monsieur, dites... dites... ai-je le droit d'en vouloir à cet homme?... et qui sait... si ma fille... ma Louise...

Il ne put achever et cacha sa figure dans ses mains. Rodolphe comprit ses craintes.

—La démarche même du notaire, lui dit-il, doit vous rassurer: il vous faisait sans doute arrêter pour se venger des dédains de votre fille; du reste, j'ai tout lieu de croire que c'est un malhonnête homme. S'il en est ainsi, dit Rodolphe, après un moment de silence, comptons sur la Providence pour le punir.