—En sortant de prison! Vous?...
—Oui... c'est toute une histoire! Vous pensez bien; n'est-ce pas, que je n'étais pas en prison pour avoir fait mal!
—Sans doute... mais comment?
—Après le choléra, je me suis trouvée toute seule au monde. J'avais alors, je crois, dix ans...
—Mais, jusque-là, qui avait pris soin de vous?
—Oh! de bien braves gens!... mais ils sont morts du choléra... (Ici, les grands yeux noirs de Rigolette devinrent humides.) On a vendu le peu qu'ils possédaient pour payer quelques petites dettes, et je suis restée sans personne qui voulût me recueillir; ne sachant comment faire, je suis allée à un corps de garde qui était en face de notre maison, et j'ai dit au factionnaire: «Monsieur le soldat, mes parents sont morts, je ne sais où aller; qu'est-ce qu'il faut que je fasse?» Là-dessus l'officier est venu; il m'a fait conduire chez le commissaire, qui m'a fait mettre en prison comme vagabonde, et j'en suis sortie à seize ans.
—Mais vos parents?
—Je ne sais pas qui était mon père, j'avais six ans quand j'ai perdu ma mère, qui m'avait retirée des Enfants-Trouvés, où elle avait été forcée de me mettre d'abord. Les braves gens dont je vous ai parlé demeuraient dans notre maison; ils n'avaient pas d'enfants: me voyant orpheline ils m'ont prise avec eux.
—Et quel était leur état, leur position?
—Papa Crétu, je l'appelais comme ça, était peintre en bâtiment et sa femme bordeuse...