—Avec qui est-elle? demanda le Maître d'école.

—Sans doute avec la paysanne qui tout à l'heure a passé dans le sentier, suivie d'un gros chien. J'ai reconnu la voix d'une femme, dit Tortillard; tenez... entendez-vous... entendez-vous le bruit de leurs sabots?...

En effet, dans le silence de la nuit, les semelles de bois résonnaient au loin sur la terre durcie par la gelée.

—Elles sont deux... Je peux me charger de la petite à la mante grise; mais l'autre! Comment faire? Fourline n'y voit pas... et Tortillard est trop faible pour amortir cette camarade que le diable étrangle! Comment faire? répéta la Chouette.

—Je ne suis pas fort; mais si vous voulez, je me jetterai aux jambes de la paysanne qui a un chien, je m'y accrocherai des mains et des dents: je ne lâcherai pas, allez!... Pendant ce temps-là vous entraînerez bien la petite... vous, la Chouette.

—Et si elles crient, si elles regimbent, on les entendra de la ferme, reprit la borgnesse, et on aura le temps de venir à leur secours avant que nous ayons rejoint le fiacre de Barbillon... C'est pas déjà si commode à emporter une femme qui se débat!

—Et elles ont un gros chien avec elles! dit Tortillard.

—Bah! bah! si ce n'était que ça, d'un coup de soulier je lui casserai la gargoine, à leur chien, dit la Chouette.

—Elles approchent, reprit Tortillard en prêtant de nouveau l'oreille au bruit de pas lointains, elles vont descendre dans le ravin.

—Mais parle donc, Fourline, dit la Chouette au Maître d'école; qu'est-ce que tu conseilles, gros têtard?... Est-ce que tu deviens muet?