—Il me semble que j'ai eu un moment d'absence; la fatigue, le chagrin... Que disais-tu?
—Lorsque M. Ferrand apprit que j'étais mère...
Le lapidaire fit un geste de désespoir; Rodolphe le calma d'un regard.
—Allons, j'écouterai jusqu'au bout, dit Morel. Va, va.
Louise reprit:
—Je demandai à M. Ferrand par quels moyens je cacherais ma honte et les suites d'une faute dont il était l'auteur. Hélas! c'est à peine si vous me croirez, mon père...
—Eh bien?...
—M'interrompant avec indignation et une feinte surprise, il eut l'air de ne pas me comprendre; il me demanda si j'étais folle. Effrayée, je m'écriai: «Mais, mon Dieu! que voulez-vous donc que je devienne maintenant? Si vous n'avez pas pitié de moi, ayez au moins pitié de votre enfant.—Quelle horreur! s'écria M. Ferrand en levant les mains au ciel. Comment, misérable! tu as l'audace de m'accuser d'être assez bassement corrompu pour descendre jusqu'à une fille de ton espèce!... Tu es assez effrontée pour m'attribuer les suites de tes débordements, moi qui t'ai cent fois répété devant les témoins les plus respectables que tu te perdais, vile débauchée! Sors de chez moi à l'instant; je te chasse.»
Rodolphe et Morel restaient frappés d'épouvante; une hypocrisie si infernale les foudroyait.
—Oh! je l'avoue, dit Rodolphe, cela passe les prévisions les plus horribles.