—Je serais désolée que vous prissiez la peine de venir chez moi!... Je suis tout à fait campée pour quelques jours en hôtel garni, mais si, cet été ou cet automne, vous passez sur notre route en allant à quelqu'un de ces châteaux à la mode où les merveilleuses se disputent le plaisir de vous recevoir... accordez-nous quelques jours, seulement par curiosité de contraste, et pour vous reposer chez de pauvres campagnards de l'étourdissement de la vie de château si élégante et si folle... car c'est toujours fête où vous allez!...
—Madame...
—Je n'ai pas besoin de vous dire combien M. d'Orbigny et moi nous serons heureux de vous recevoir... Mais, adieu, monsieur; je crains que le bourru bienfaisant (elle montra le notaire) ne s'impatiente de nos bavardages.
—Bien au contraire, madame, bien au contraire, dit Ferrand avec un accent qui redoubla la rage contenue de M. de Saint-Remy.
—Avouez que M. Ferrand est un homme terrible, reprit Mme d'Orbigny en faisant l'évaporée. Mais prenez garde; puisqu'il est heureusement pour vous chargé de vos affaires, il vous grondera furieusement, c'est un homme impitoyable. Mais que dis-je?... au contraire... un merveilleux comme vous... avoir M. Ferrand pour notaire... mais c'est un brevet d'amendement; car on sait bien qu'il ne laisse jamais faire de folies à ses clients, sinon il leur rend leurs comptes... Oh! il ne veut pas être le notaire de tout le monde... Puis, s'adressant à Jacques Ferrand:—Savez-vous, monsieur le puritain, que c'est une superbe conversion que vous avez faite là... rendre sage l'élégant par excellence, le roi de la mode?
—C'est justement une conversion, madame, M. le vicomte sort de mon cabinet tout autre qu'il n'y était entré.
—Quand je vous dis que vous faites des miracles!... ce n'est pas étonnant, vous êtes un saint.
—Ah! madame... vous me flattez, dit Jacques Ferrand avec componction.
M. de Saint-Remy salua profondément Mme d'Orbigny; puis, au moment de quitter le notaire, voulant tenter une dernière fois de l'apitoyer, il lui dit d'un ton dégagé, qui laissait pourtant deviner une anxiété profonde:
—Décidément, mon cher monsieur Ferrand, vous ne voulez pas m'accorder ce que je vous demande?