—Je crois, reprit Mme d'Orbigny d'un air parfaitement désintéressé, je crois qu'il veut non-seulement me donner tout ce que la loi lui permet de me donner... mais... Oh! tenez, je vous en prie, ne parlons pas de cela...

—De quoi parlerons-nous?

—Hélas! vous avez raison, homme impitoyable! Il faut, malgré moi, revenir au triste sujet qui m'amène auprès de vous. Eh bien! M. d'Orbigny pousse la bonté jusqu'à vouloir... dénaturer une partie de sa fortune et me faire don... d'une somme considérable.

—Mais sa fille, sa fille? s'écria sévèrement M. Ferrand. Je dois vous déclarer que depuis un an M. d'Harville m'a chargé de ses affaires. Je lui ai dernièrement encore fait acheter une terre magnifique. Vous connaissez ma rudesse en affaires, peu m'importe que M. d'Harville soit un client; ce que je plaide, c'est la cause de la justice; si votre mari veut prendre envers sa fille, Mme d'Harville, une détermination qui ne semble pas convenable... je vous le dirai brutalement, il ne faudra pas compter sur mon concours. Nette et droite, telle a toujours été ma ligne de conduite.

—Et la mienne donc! Ainsi je répète sans cesse à mon mari ce que vous me dites là: «Votre fille a de grands torts envers vous, soit; mais ce n'est pas une raison pour la déshériter.»

—Très-bien, à la bonne heure. Et que répondit-il?

—Il répond: «Je laisserai à ma fille vingt-cinq mille francs de rentes. Elle a eu plus d'un million de sa mère; son mari a personnellement une fortune énorme; ne puis-je pas vous abandonner le reste, à vous, ma tendre amie, le seul soutien, la seule consolation de mes vieux jours, mon ange gardien?»

«Je vous répète ces paroles trop flatteuses, dit Mme d'Orbigny avec un soupir de modestie, pour vous montrer combien M. d'Orbigny est bon pour moi; mais, malgré cela, j'ai toujours refusé ses offres; ce que voyant, il s'est décidé à me prier de venir vous trouver.

—Mais je ne connais pas M. d'Orbigny.

—Mais lui, comme tout le monde, connaît votre loyauté.