—Mais comment vous a-t-il adressée à moi?

—Pour couper court à mes refus, à mes scrupules, il m'a dit: «Je ne vous propose pas de consulter mon notaire, vous le croiriez trop à ma dévotion; mais je m'en rapporterai absolument à la décision d'un homme dont le rigorisme de probité est proverbial, M. Jacques Ferrand. S'il trouve votre délicatesse compromise par votre acquiescement à mes offres, nous n'en parlerons plus; sinon vous vous résignerez.—J'y consens, dis-je à M. d'Orbigny, et voilà comment vous êtes devenu notre arbitre.—S'il m'approuve, ajouta mon mari, je lui enverrai un plein pouvoir pour réaliser, en mon nom, mes valeurs de rentes et de portefeuille; il gardera cette somme en dépôt, et après moi, ma tendre amie, vous aurez au moins une existence digne de vous.»

Jamais peut-être M. Ferrand ne sentit plus qu'en ce moment l'utilité de ses lunettes. Sans elles, Mme d'Orbigny eût sans doute été frappée du regard étincelant du notaire, dont les yeux semblèrent s'illuminer à ce mot de dépôt.

Il répondit néanmoins d'un ton bourru:

—C'est impatientant... voilà la dix ou douzième fois qu'on me choisit ainsi pour arbitre... toujours sous le prétexte de ma probité... on n'a que ce mot à la bouche... Ma probité!... ma probité!... bel avantage... ça ne me vaut que des ennuis... que des tracas...

—Mon bon monsieur Ferrand... voyons... ne me rudoyez pas. Vous écrirez donc à M. d'Orbigny, il attend votre lettre afin de vous adresser ses pleins pouvoirs... pour réaliser cette somme...

—Combien à peu près?...

—Il m'a parlé, je crois, de quatre à cinq cent mille francs.

—La somme est moins considérable que je ne le croyais; après tout, vous vous êtes dévouée à M. d'Orbigny... Sa fille est riche... vous n'avez rien... je puis approuver cela; il me semble que loyalement vous devez accepter...

—Vrai... vous croyez? dit Mme d'Orbigny, dupe comme tout le monde de la probité proverbiale du notaire, et qui n'avait pas été détrompée à cet égard par Polidori.