Ce même jour, après avoir recommandé à M. de Graün de hâter le plus possible l'arrivée de Cecily à Paris, Rodolphe sortit le soir pour aller faire une visite à Mme l'ambassadrice de ***; il devait ensuite se rendre chez Mme d'Harville pour lui annoncer qu'il avait trouvé une intrigue charitable digne d'elle.

Nous conduirons le lecteur chez Mme d'Harville. On verra, par l'entretien suivant, que cette jeune femme, en se montrant généreuse et compatissante envers son mari, qu'elle avait jusqu'alors traité avec une froideur extrême, suivait déjà les nobles conseils de Rodolphe.

Le marquis et sa femme sortaient de table; la scène se passait dans le petit salon dont nous avons parlé, l'expression des traits de Clémence était affectueuse et douce, M. d'Harville semblait moins triste que d'habitude.

Hâtons-nous de dire que le marquis n'avait pas encore reçu la nouvelle et infâme lettre anonyme de Sarah.

—Que faites-vous ce soir? dit-il machinalement à sa femme.

—Je ne sortirai pas... Et vous-même, que faites-vous?

—Je ne sais..., répondit-il avec un soupir; le monde m'est insupportable... je passerai cette soirée... comme tant d'autres soirées... seul.

—Pourquoi seul?... puisque je ne sors pas.

M. d'Harville regarda sa femme avec surprise.

—Sans doute... mais...