—Je le comprends... Mais que faire?... Le voici...

Au même instant on annonçait Rodolphe.

—Je suis mille fois heureux, madame, d'avoir l'honneur de vous rencontrer, dit Rodolphe; et je m'applaudis doublement de ma bonne fortune, puisqu'elle me procure aussi le plaisir de vous voir, mon cher Albert, ajouta-t-il en se retournant vers le marquis, dont il serra cordialement la main.

—Il y a en effet, bien longtemps, monseigneur, que je n'ai eu l'honneur de vous présenter mes hommages.

—Et à qui la faute, monsieur l'invisible? La dernière fois que je suis venu faire ma cour à Mme d'Harville, je vous ai demandé, vous étiez absent. Voilà plus de trois semaines que vous m'oubliez; c'est très-mal...

—Soyez sans pitié, monseigneur, dit Clémence en souriant; M. d'Harville est d'autant plus coupable qu'il a pour Votre Altesse le dévouement le plus profond, et qu'il pourrait en faire douter par sa négligence.

—Eh bien! voyez ma vanité, madame; quoi que puisse faire d'Harville, il me sera toujours impossible de douter de son affection mais je ne devrais pas dire cela... je vais l'encourager dans ses semblants d'indifférence.

—Croyez, monseigneur, que quelques circonstances imprévues m'ont seules empêché de profiter plus souvent de vos bontés pour moi...

—Entre nous, mon cher Albert, je vous crois un peu trop platonique en amitié; bien certain qu'on vous aime, vous ne tenez pas beaucoup à donner ou à recevoir des preuves d'attachement.

Par un manque d'étiquette dont Mme d'Harville ressentit une légère contrariété, un valet de chambre entra, apportant une lettre au marquis.