Il pâlit pourtant... pâlit affreusement en entendant d'abord citer le numéro de la maison de Rodolphe, et ensuite parler de David... le docteur noir...
De ce Noir qui, par ordre de Rodolphe, lui avait infligé un supplice épouvantable, dont à chaque instant il subissait des terribles conséquences.
La journée était funeste au Maître d'école.
Le matin, il avait enduré les tortures de la Chouette et du fils de Bras-Rouge; il arrive à la ferme, les chiens hurlent à la mort à son aspect homicide et veulent le dévorer; enfin le hasard le conduit dans une maison où quelques jours auparavant se trouvait son bourreau.
Séparément, ces circonstances auraient suffi pour exciter tour à tour la rage ou la crainte de ce brigand; mais, se précipitant dans l'espace de quelques heures, elles lui portèrent un coup violent.
Pour la première fois de sa vie, il éprouva une sorte de terreur superstitieuse... il se demanda si le hasard amenait seul des incidents si étranges.
Le père Châtelain, ne s'étant pas aperçu de la pâleur du Maître d'école, reprit:
—Du reste, mon brave homme, lorsque vous partirez, on donnera l'adresse du docteur à votre fils, et ce sera obliger M. David que le mettre à même de rendre service à quelqu'un: il est si bon, si bon! C'est dommage qu'il ait toujours l'air triste... Mais, tenez, buvons un coup à la santé de votre futur sauveur.
—Merci, je n'ai plus soif, dit le Maître d'école d'un air sombre.
—Bois donc, cher bon papa, bois donc, ça te fera du bien... à ton pauvre estomac, ajouta Tortillard en mettant le verre dans les mains de l'aveugle.