La vision de la noyée disparaît.
Le lac de sang, au delà duquel le Maître d'école voit toujours Rodolphe, devient d'un noir bronzé; puis il rougit et se change bientôt en une fournaise liquide telle que du métal en fusion; puis ce lac de feu s'élève, monte... monte... vers le ciel ainsi qu'une trombe immense.
Bientôt, c'est un horizon incandescent comme du fer chauffé à blanc.
Cet horizon immense, infini, éblouit et brûle à la fois les regards du Maître d'école; cloué à sa place, il ne peut en détourner la vue.
Alors, sur ce fond de lave ardente, dont la réverbération le dévore, il voit lentement passer et repasser un à un les spectres noirs et gigantesques de ses victimes.
—La lanterne magique du remords... du remords!... du remords! s'écrie la chouette en battant des ailes et en riant aux éclats.
Malgré les douleurs intolérables que lui cause cette contemplation incessante, le Maître d'école a toujours les yeux attachés sur les spectres qui se meuvent dans la nappe enflammée.
Il éprouve alors quelque chose d'épouvantable.
Passant par tous les degrés d'une torture sans nom, à force de regarder ce foyer torréfiant, il sent ses prunelles, qui ont remplacé le sang dont ses orbites étaient remplies, devenir chaudes, brûlantes, se fondre à cette fournaise, fumer, bouillonner, et enfin se calciner dans leurs cavités comme dans deux creusets de fer rouge.
Par une effroyable faculté, après avoir vu autant que senti les transformations successives de ses prunelles en cendres, il retombe dans les ténèbres de sa première cécité.