—Vous n'avez pas été réveillée ce matin de très-bonne heure?
—Non, madame.
—Tant mieux. Ce malheureux aveugle et son fils, auxquels on a donné hier à coucher, ont voulu quitter la ferme au point du jour; je craignais que le bruit qu'on a fait en ouvrant les portes ne vous eût éveillée.
—Pauvres gens! Pourquoi sont-ils partis si tôt?
—Je ne sais; hier soir, en vous laissant un peu calmée, je suis descendue à la cuisine pour les voir; mais tous deux s'étaient trouvés si fatigués qu'ils avaient demandé la permission de se retirer. Le père Châtelain m'a dit que l'aveugle paraissait ne pas avoir la tête très-saine; et tous nos gens ont été frappés des soins touchants que l'enfant de ce malheureux lui donnait. Mais dites-moi, Marie, vous avez eu un peu de fièvre; je ne veux pas que vous vous exposiez au froid aujourd'hui: vous ne sortirez pas du salon.
—Madame, pardonnez-moi; il faut que je me rende ce soir, à cinq heures, au presbytère; M. le curé m'attend.
—Cela serait imprudent; vous avez, j'en suis sûre, passé une mauvaise nuit. Vos yeux sont fatigués, vous avez mal dormi.
—Il est vrai... j'ai encore eu des rêves effrayants. J'ai revu en songe la femme qui m'a tourmentée quand j'étais enfant; je me suis réveillée en sursaut tout épouvantée. C'est une faiblesse ridicule dont j'ai honte.
—Et moi cette faiblesse m'afflige, puisqu'elle vous fait souffrir, pauvre petite! dit Mme Georges avec un tendre intérêt, en voyant les yeux de la Goualeuse se remplir de larmes.
Celle-ci, se jetant au cou de sa mère adoptive, cacha son visage dans son sein.