—Mon Dieu! qu'avez-vous, Marie? Vous m'effrayez!

—Vous êtes si bonne pour moi, madame, que je me reproche de ne pas vous avoir confié ce que j'ai confié à M. le curé; demain il vous dira tout lui-même: il me coûterait trop de vous répéter cette confession.

—Allons, allons, enfant, soyez raisonnable; je suis sûre qu'il y a plus à louer qu'à blâmer dans ce grand secret que vous avez dit à notre bon abbé. Ne pleurez pas ainsi, vous me faites mal.

—Pardon, madame; mais je ne sais pourquoi, depuis deux jours, par instants mon cœur se brise... Malgré moi les larmes me viennent aux yeux... J'ai de noirs pressentiments... Il me semble qu'il va m'arriver quelque malheur.

—Marie... Marie... je vous gronderai si vous vous affectez ainsi de terreurs imaginaires. N'est-ce donc pas assez des chagrins réels qui nous accablent?

—Vous avez raison, madame; j'ai tort, je tâcherai de surmonter cette faiblesse... Si vous saviez, mon Dieu! combien je me reproche de ne pas être toujours gaie, souriante, heureuse... comme je devrais l'être! Hélas! ma tristesse doit vous paraître de l'ingratitude!

Mme Georges allait rassurer la Goualeuse, lorsque Claudine entra, après avoir frappé à la porte.

—Que voulez-vous, Claudine?

—Madame, c'est Pierre qui arrive d'Arnouville dans le cabriolet de Mme Dubreuil; il apporte cette lettre pour vous, il dit que c'est très-pressé.

Mme Georges lut tout haut ce qui suit: