—T'appelles-tu, oui ou non, la Goualeuse? dit la laitière à Marie.

—Oui, dit la malheureuse à voix basse d'un air atterré et sans regarder Mme Dubreuil; oui, on m'appelait ainsi...

—Ah! voyez-vous! s'écrièrent les laboureurs courroucés, elle l'avoue! elle l'avoue!...

—Elle l'avoue... mais quoi? Qu'avoue-t-elle? s'écria Mme Dubreuil, à demi effrayée de l'aveu de Fleur-de-Marie.

—Laissez-la répondre, madame, reprit la veuve, elle va encore avouer qu'elle était dans une maison infâme de la rue aux Fèves, dans la Cité, où je lui vendais pour un sou de lait tous les matins; elle va encore avouer qu'elle a souvent parlé de moi à l'assassin de mon pauvre mari. Oh! elle le connaît bien, j'en suis sûre... un jeune homme pâle qui fumait toujours et qui portait une casquette, une blouse et de grands cheveux; elle doit savoir son nom... est-ce vrai? Répondras-tu, malheureuse! s'écria la laitière.

—J'ai pu parler à l'assassin de votre mari, car il y a malheureusement plus d'un meurtrier dans la Cité, dit Fleur-de-Marie d'une voix défaillante, mais je ne sais pas de qui vous voulez me parler.

—Comment... que dit-elle? s'écria Mme Dubreuil avec effroi. Elle a parlé à des assassins...

—Les créatures comme elle ne connaissent que ça..., répondit la veuve.

D'abord stupéfaite d'une si étrange révélation, confirmée par les dernières paroles de Fleur-de-Marie, Mme Dubreuil, comprenant tout alors, se recula avec dégoût et horreur, attira violemment et brusquement à elle sa fille Clara, qui s'était approchée de la Goualeuse pour la soutenir, et s'écria:

—Ah! quelle abomination! Clara, prenez garde! N'approchez pas de cette malheureuse. Mais comment Mme Georges a-t-elle pu la recevoir chez elle? Comment a-t-elle osé me la présenter, et souffrir que ma fille... Mon Dieu! mon Dieu! mais c'est horrible, cela! C'est à peine si je peux croire ce que je vois! Mais non, non, Mme Georges est incapable d'une telle indignité! Elle aura été trompée comme nous. Sans cela... Oh! ce serait infâme de sa part!