—Quelquefois! dit la Goualeuse en souriant avec amertume. Puis elle reprit, après un moment de silence: Quelquefois... oui, madame.

—Pourtant, vous craigniez d'être défigurée par cette horrible femme; vous teniez donc à votre beauté, pauvre petite? Cela annonce que la vie a encore quelque attrait pour vous. Courage donc, courage!...

—C'est peut-être une faiblesse de penser cela; mais si j'étais belle, comme vous le dites, madame, je voudrais mourir belle en prononçant le nom de mon bienfaiteur...

Les yeux de Mme d'Harville se remplirent de larmes.

Fleur-de-Marie avait dit ces derniers mots si simplement; ses traits angéliques, pâles, abattus, son douloureux sourire, étaient tellement d'accord avec ses paroles, qu'on ne pouvait douter de la réalité de son funeste désir.

Mme d'Harville était douée de trop de délicatesse pour ne pas sentir ce qu'il y avait d'inexorable, de fatal dans cette pensée de la Goualeuse:

«Je n'oublierai jamais ce que j'ai été...»

Idée fixe, incessante, qui devait dominer, torturer la vie de Fleur-de-Marie.

Clémence, honteuse d'avoir un instant méconnu la générosité toujours si désintéressée du prince, regrettait aussi de s'être laissé entraîner à un mouvement de jalousie absurde contre la Goualeuse, qui exprimait avec une naïve exaltation sa reconnaissance envers son protecteur.

Chose étrange, l'admiration que cette pauvre prisonnière ressentait si vivement pour Rodolphe augmentait peut-être encore l'amour profond que Clémence devait toujours lui cacher.