Elle reprit, pour fuir ces pensées:

—J'espère qu'à l'avenir vous serez moins sévère pour vous-même. Mais parlons de votre serment; maintenant je m'explique votre silence. Vous n'avez pas voulu dénoncer ces misérables?

—Quoique le Maître d'école eût pris part à mon enlèvement, il m'avait deux fois défendue... j'aurais craint d'être ingrate envers lui.

—Et vous vous êtes prêtée aux desseins de ces monstres?

—Oui, madame... j'étais si effrayée! La Chouette alla chercher Bras-Rouge; il me conduisit au corps de garde, disant qu'il m'avait trouvée rôdant autour de son cabaret; je ne l'ai pas nié, on m'a arrêtée et l'on m'a conduite ici.

—Mais vos amis de la ferme doivent être en proie à une inquiétude mortelle?

—Hélas madame, dans mon premier mouvement d'épouvante, je n'avais pas réfléchi que mon serment m'empêcherait de les rassurer... Maintenant cela me désole... Mais je crois, n'est-ce pas? que, sans manquer à ma parole, je puis vous prier d'écrire à Mme Georges, à la ferme de Bouqueval, de n'avoir aucune inquiétude à mon égard, sans lui apprendre pourtant où je suis, car j'ai promis de le taire...

—Mon enfant, ces précautions deviendront inutiles si, à ma recommandation, on vous fait grâce. Demain vous retournerez à la ferme, sans avoir trahi pour cela votre serment; plus tard vous consulterez vos bienfaiteurs pour savoir jusqu'à quel point vous engage cette promesse arrachée par la menace.

—Vous croyez, madame... que, grâce à vos bontés... je puis espérer de sortir bientôt d'ici?

—Vous méritez tant d'intérêt que je réussirai, j'en suis sûre; et je ne doute pas qu'après-demain vous ne puissiez aller vous-même rassurer vos bienfaiteurs...