La douleur de M. d'Harville était désespérée, car il ne voulait, après tout, rien que de juste, que de légal.
«La possession... sinon l'amour de sa femme.»
Or, en face des refus inexorables de Clémence, il se demandait si ce n'était pas une dérision amère que ces paroles de la loi:
«La femme appartient à son mari.»
À quel pouvoir, à quelle intervention recourir pour vaincre cette froideur, cette répugnance qui changeaient sa vie en un long supplice, puisqu'il ne devait, ne pouvait, ne voulait aimer que sa femme?
Il lui fallait reconnaître qu'en cela, comme en tant d'autres incidents de la vie conjugale, la simple volonté de l'homme ou de la femme se substituait impérieusement, sans appel, sans répression possible, à la volonté souveraine de la loi.
À ces transports de vaine colère succédait parfois un morne abattement.
L'avenir lui pesait, lourd, sombre, glacé.
Il pressentait que le chagrin rendrait sans doute plus fréquentes encore les crises de son effroyable maladie.
—Oh! s'écria-t-il, à la fois attendri et désolé, c'est ma faute... c'est ma faute! Pauvre malheureuse femme! je l'ai trompée... indignement trompée! Elle peut... elle doit me haïr... et pourtant, tout à l'heure encore, elle m'a témoigné l'intérêt le plus touchant; mais, au lieu de me contenter de cela, ma folle passion m'a égaré, je suis devenu tendre, j'ai parlé de mon amour, et à peine mes lèvres ont-elles effleuré sa main qu'elle a tressailli de frayeur. Si j'avais pu douter encore de la répugnance invincible que je lui inspire, ce qu'elle a dit au prince ne m'aurait laissé aucune illusion. Oh! c'est affreux... affreux.