«P. S.—Si vous me répondez, adressez votre lettre à la prison de la Force.»

On comprend maintenant la cause du premier chagrin de Rigolette. Son cœur excellent s'était profondément ému d'une infortune dont elle n'avait eu jusqu'alors aucun soupçon. Elle croyait aveuglément à l'entière véracité du récit de Germain, ce fils infortuné du Maître d'école.

Assez peu rigoriste, elle trouvait même que son ancien voisin s'exagérait énormément sa faute. Pour sauver un malheureux père de famille, il avait pris de l'argent qu'il savait pouvoir rendre. Cette action, aux yeux de la grisette, n'était que généreuse.

Par une de ces contradictions naturelles aux femmes, et surtout aux femmes de sa classe, cette jeune fille, qui jusqu'alors n'avait éprouvé pour Germain, comme pour ses autres voisins, qu'une cordiale et joyeuse amitié, ressentit pour lui une vive préférence.

Dès qu'elle le sut malheureux... injustement accusé et prisonnier, son souvenir effaça celui de ses anciens rivaux.

Chez Rigolette, ce n'était pas encore l'amour, c'était une affection vive, sincère, remplie de commisération et de dévouement résolu: sentiment très-nouveau pour elle en raison même de l'amertume qui s'y joignait.

Telle était la situation morale de Rigolette, lorsque Rodolphe entra dans sa chambre, après avoir discrètement frappé à la porte.


[XIV]

[Amitié]