—Oui, mon voisin; ces noms sont ridicules pour des oiseaux, je le sais, mais ça ne regarde que moi. Tenez, c'est encore à ce sujet-là que j'ai vu que Germain avait bien bon cœur.
—Comment donc?
—Certainement: M. Giraudeau et M. Cabrion..., M. Cabrion surtout, étaient toujours à faire des plaisanteries sur les noms de mes oiseaux; appeler un serin papa Crétu, voyez donc! M. Cabrion n'en revenait pas, et il partait de là pour faire des gorges chaudes à n'en plus finir. «Si c'était un coq, disait-il à la bonne heure, vous pourriez l'appeler Crétu. C'est comme le nom de la serine, Ramonette; ça ressemble à Ramona.» Enfin il m'a si fort impatientée que j'ai été deux dimanches sans vouloir sortir avec lui pour lui apprendre, et je lui ai dit très-sérieusement que s'il recommençait ses moqueries, qui me faisaient de la peine, nous n'irions plus jamais ensemble.
—Quelle courageuse résolution!
—Ça m'a coûté, allez, monsieur Rodolphe, moi qui attendais mes sorties du dimanche comme le Messie: j'avais le cœur bien gros de rester toute seule par un temps superbe; mais, c'est égal, j'aimais encore mieux sacrifier mon dimanche que de continuer à entendre M. Cabrion se moquer de ce que je respectais. Après ça, certainement que, sans l'idée que j'y attachais, j'aurais préféré donner d'autres noms à mes oiseaux. Tenez, il y a surtout un nom que j'aurais aimé à l'adoration. Colibri... Eh bien! je m'en suis privée, parce que jamais je n'appellerai les oiseaux que j'aurai autrement que Crétu et Ramonette; sinon il me semblerait que je sacrifie, que j'oublie mes bons parents adoptifs, n'est-ce pas, monsieur Rodolphe?
—Vous avez raison, mille fois raison. Et Germain ne se moquait pas de ces noms, lui?
—Au contraire; seulement la première fois ils lui ont semblé drôles, ainsi qu'à tout le monde: c'était tout simple; mais, quand je lui ai expliqué mes raisons, comme je les avais pourtant expliquées à M. Cabrion, les larmes lui en sont venues aux yeux. De ce jour-là je me suis dit: «M. Germain est un bien bon cœur; il n'a contre lui que sa tristesse.» Et voyez-vous, monsieur Rodolphe, ça m'a porté malheur de lui reprocher sa tristesse. Alors je ne comprenais pas qu'on pût être triste, maintenant je ne le comprends que trop. Mais voilà mon paquet fini, mon ouvrage prêt à emporter. Voulez-vous me donner mon châle, mon voisin? Il ne fait pas assez froid pour prendre un manteau, n'est-ce pas?
—Nous allons en voiture et je vous ramènerai.
—C'est vrai, nous irons et nous reviendrons plus vite; ce sera toujours ça de temps gagné.
—Mais, j'y songe, comment allez-vous faire? Votre travail va souffrir de vos visites aux prisons?