En le voyant venir ainsi, la tête baissée, vers Rodolphe et Rigolette, on eût dit un bélier ou un brave champion breton se préparant au combat.
Anastasie parut bientôt sur le seuil de sa loge et s'écria à l'aspect de son mari:
—Eh bien! vieux chéri, te voilà donc! Qu'est-ce qu'il t'a dit le commissaire? Alfred! Alfred! mais fais donc attention, tu vas poquer dans mon roi des locataires qui te crève les yeux. Pardon, monsieur Rodolphe, c'est ce gueux de Cabrion qui l'abrutit de plus en plus. Il le fera, bien sûr, tourner en bourrique, ce vieux chéri!!! Alfred, mais réponds donc!
À cette voix chère à son cœur, M. Pipelet releva la tête; ses traits étaient empreints d'une sombre amertume.
—Qu'est-ce qu'il t'a dit, le commissaire? reprit Anastasie.
—Anastasie, il faudra rassembler le peu que nous possédons, serrer nos amis dans nos bras, faire nos malles... et nous expatrier de Paris... de la France... de ma belle France! car, sûr maintenant de l'impunité, le monstre est capable de me poursuivre partout... dans toute l'étendue des départements du royaume.
—Comment! Le commissaire?
—Le commissaire! s'écria M. Pipelet avec une indignation courroucée, le commissaire!... Il m'a ri au nez...
—À toi... un homme d'âge, qui as l'air si respectable que tu en paraîtrais bête comme une oie si on ne connaissait pas tes vertus!...
—Eh bien! malgré cela, lorsque j'eus respectueusement déposé par-devant lui mon amas de plaintes et de griefs contre cet infernal Cabrion... ce magistrat, après avoir regardé en riant... oui, en riant... et, j'ose le dire, en riant indécemment... l'enseigne et le portrait que j'apportais comme pièces justificatives, ce magistrat m'a répondu: