—Mais enfin vous en étiez... étonnée?
—Oui, monsieur Rodolphe, je pensais que c'était sa tristesse... qui le rendait ainsi.
—Et vous lui en vouliez un peu... de cette tristesse?
—C'était son seul défaut, dit naïvement la grisette; mais maintenant je l'excuse... je m'en veux de la lui avoir reprochée.
—D'abord parce que vous savez qu'il avait malheureusement beaucoup de sujets de chagrin, et puis... peut-être parce que vous voilà certaine que, malgré cette tristesse... il vous aimait d'amour? ajouta Rodolphe en souriant.
—C'est vrai... être aimée d'un si brave jeune homme, ça flatte le cœur... n'est-ce pas, monsieur Rodolphe?
—Et un jour peut-être vous partagerez cet amour.
—Dame! monsieur Rodolphe, c'est bien tentant; ce pauvre Germain est si à plaindre! Je me mets à sa place... si, au moment où je me croyais abandonnée, méprisée de tout le monde, une personne, bien amie, venait à moi encore plus tendre que je ne l'espérais, je serais si heureuse. Après un moment de silence, Rigolette reprit avec un soupir: D'un autre côté... nous sommes si pauvres tous les deux que ça ne serait peut-être pas raisonnable. Tenez, monsieur Rodolphe, je ne veux pas penser à cela, je me trompe peut-être; ce qu'il y a de sûr, c'est que je ferai pour Germain tout ce que je pourrai tant qu'il restera en prison. Une fois libre, il sera toujours temps de voir si c'est de l'amour ou de l'amitié que j'aurai pour lui; alors, si c'est de l'amour... que voulez-vous, mon voisin... ça sera de l'amour... Jusque-là ça me gênerait de savoir à quoi m'en tenir. Mais il se fait tard, monsieur Rodolphe; voulez-vous rassembler ces papiers pendant que je vais faire un paquet de linge? Ah! j'oubliais le sachet renfermant la petite cravate orange que je lui ai donnée. Il est dans ce tiroir, sans doute. Oui, le voilà. Oh! voyez donc comme il est joli, ce sachet, et tout brodé! Pauvre Germain, il l'a gardée comme une relique, cette petite cravate! Je me rappelle bien la dernière fois où je l'ai mise, et quand je la lui ai donnée... Il a été si content, si content!...
À ce moment on frappa à la porte de la chambre.
—Qui est là? demanda Rodolphe.