—On voudrait parler à m'ame Mathieu, répondit une voix grêle et enrouée, avec l'accent qui distingue la plus basse populace. (Mme Mathieu était la courtière en diamants dont nous avons parlé.)
Cette voix, singulièrement accentuée, éveilla quelques vagues souvenirs dans la pensée de Rodolphe. Voulant les éclaircir, il prit la lumière et alla lui-même ouvrir la porte. Il se trouva face à face avec un des habitués du tapis-franc de l'ogresse, qu'il reconnut sur-le-champ, tant l'empreinte du vice était fatalement, profondément marquée sur cette physionomie imberbe et juvénile: c'était Barbillon.
Barbillon, le faux cocher de fiacre qui avait conduit le Maître d'école et la Chouette au chemin creux de Bouqueval; Barbillon, l'assassin du mari de cette malheureuse laitière qui avait ameuté contre la Goualeuse les laboureurs de la ferme d'Arnouville.
Soit que ce misérable eût oublié les traits de Rodolphe, qu'il n'avait vu qu'une fois au tapis-franc de l'ogresse, soit que le changement de costume l'empêchât de reconnaître le vainqueur du Chourineur, il ne manifesta aucun étonnement à son aspect.
—Que voulez-vous? lui dit Rodolphe.
—C'est une lettre pour m'ame Mathieu... Faut que je lui remette à elle-même, répondit Barbillon.
—Ce n'est pas ici qu'elle demeure; voyez en face, dit Rodolphe.
—Merci, bourgeois; on m'avait dit la porte à gauche, je me suis trompé.
Rodolphe ne se souvenait pas du nom de la courtière en diamants, que Morel le lapidaire n'avait prononcé qu'une ou deux fois. Il n'avait donc aucun motif de s'intéresser à la femme auprès de laquelle Barbillon venait comme messager. Néanmoins, quoiqu'il ignorât les crimes de ce bandit, sa figure avait un tel caractère de perversité qu'il resta sur le seuil de la porte, curieux de voir la personne à qui Barbillon apportait cette lettre.
À peine Barbillon eut-il frappé à la porte opposée à celle de Germain qu'elle s'ouvrit et que la courtière, grosse femme de cinquante ans environ, y parut tenant une chandelle à la main.