—Que dites-vous?

—Tu pourras jouir tous les jours de cette charmante musique, dont tu parais si avide.

—Vous seriez heureux tous les jours, monsieur le marquis! s'écria Joseph en joignant les mains avec un radieux étonnement.

—Tous les jours, mon vieux Joseph, heureux tous les jours. Oui, plus de chagrins, plus de tristesse. Je puis te dire cela, à toi, seul et discret confident de mes peines... Je suis au comble du bonheur... Ma femme est un ange de bonté... elle m'a demandé pardon de son éloignement passé, l'attribuant, le devinerais-tu?... à la jalousie!...

—À la jalousie?

—Oui, d'absurdes soupçons excités par des lettres anonymes...

—Quelle indignité!...

—Tu comprends... les femmes ont tant d'amour-propre... Il n'en a pas fallu davantage pour nous séparer; mais heureusement hier soir elle s'en est franchement expliquée avec moi. Je l'ai désabusée; te dire son ravissement me serait impossible, car elle m'aime, oh! elle m'aime! La froideur qu'elle me témoignait lui pesait aussi cruellement qu'à moi-même... Enfin notre cruelle séparation a cessé... juge de ma joie!...

—Il serait vrai! s'écria Joseph les yeux mouillés de larmes. Il serait donc vrai, monsieur le marquis! Vous voilà heureux pour toujours, puisque l'amour de Mme la marquise vous manquait seul... ou plutôt puisque son éloignement faisait seul votre malheur, comme vous me le disiez...

—Et à qui l'aurais-je dit, mon pauvre Joseph?... Ne possédais-tu pas un secret plus triste encore? Mais ne parlons pas de tristesse... ce jour est trop beau... Tu t'aperçois peut-être que j'ai pleuré?... C'est qu'aussi, vois-tu, le bonheur me débordait... Je m'y attendais si peu!... Comme je suis faible, n'est-ce pas?